LE MYSTERE DES MONUMENTS DĠONOZ

 

 

I- ONOZ : PLUS DE 1600 ANS DĠHISTOIRE

 

La fondation dĠOnoz

La date de fondation du site ne nous est pas connue mais elle est certainement trs ancienne car, a proximitŽ, ˆ Nermier des tumulus de porteurs dĠŽpŽe de lĠ‰ge du fer ont ŽtŽ repŽrŽs (rŽfŽrence [24], p135).

 

LĠŽtude Žtymologique du nom Ç Onoz È conduit [17] ˆ distinguer deux parties :

-   Ç Hago È, le nom dĠun germain ;

-   Ç oscum È, le domaine.

Ainsi Onoz aurait ŽtŽ le domaine dĠHago, chef germain. Celui-ci aurait probablement fondŽ notre citŽ.

 

Un autre auteur, [18],  distingue le gaulois Ç Agaunum È (rocher) et le suffixe prŽ celtique Ç osc È (domaine). Onoz serait pour lui le domaine des rochers.

 

La premire interprŽtation nous semble bien meilleure que la seconde : la prŽsence dĠun long et plat fond de vallŽe propice ˆ la crŽation dĠun domaine para”t un ŽlŽment bien plus caractŽristique que la prŽsence de rochers, trs rŽpandus dans la rŽgion.

 

Un grand nombre de noms de villages situŽs ˆ proximitŽ dĠOnoz se terminent en Ça È ou Çia È. (LŽgna, Savigna, Sarrogna, Marangea,Charchilla, Martigna..).

Ceci est la trace du suffixe gaulois Ç iacum È qui sĠest dŽveloppŽ ˆ lĠŽpoque gallo romaine et au moyen ‰ge pour dŽsigner un domaine (exemple : Savigna, domaine de Sabinius, cf [24]) ou un lieu caractŽristique.   Cela attesterait, selon [19],  de la faible pŽnŽtration des barbares: Onoz aurait donc ŽtŽ un ”lot germain.

 

Se pose alors la question : ˆ quelle date Onoz a-t-elle ŽtŽ fondŽe?

 

On peut trouver dans [19] deux pŽriodes dĠinvasion de la rŽgion par des germains :

- vers 60 avant J.C. quand les SŽquanes, habitant notre rŽgion, octroyrent le tiers de leur pays aux Suves pour que ceux-ci sĠy installent et participent ˆ la lutte contre les Eduens alliŽs des romains.

- vers 406, suite ˆ la poussŽe des Burgondes attirŽs par les richesses de lĠempire romain.

 

Onoz, domaine dĠ Hago, ”lot germain, aurait donc entre 1600 et 2000 ans dĠ‰ge.

 

 

Onoz au travers des sicles

 

La commune Žtait selon [15] un peu ˆ lĠŽcart de la voie romaine traversant le Jura par Isernore, Thoirette, Condes, Moirans, et le pont de la Pyle.

Elle a successivement appartenu :

- au protectorat Carolingien (751- 962)

- au Saint Empire Romain Germanique (962- 1555)

- ˆ lĠEspagne (1555- 1678)

Elle est franaise depuis 1678 (traitŽ de Nimgue)

 

 

Sur la pŽriode que nous Žtudions ici, lĠenvironnement de la commune a ŽtŽ agitŽ :

-   de 1336 a 1360 les routiers ont pillŽ la rŽgion (guerre de Cent ans) tandis que rŽgnait la peste noire de 1348 a 1350.

 

-   ˆ la mort du Bourguignon Charles le TŽmŽraire en 1477, Louis XI a tentŽ de faire main  basse sur lĠhŽritage de son adversaire. De 1477 ˆ 1480 les troupes du roi de France ont ravagŽ la rŽgion (Dole et Orgelet seront  prises en 1479 par les Franais et leurs dŽfenses dŽtruites  [4]). Le traitŽ de Senlis (1493) intŽgrera le Jura dans lĠempire des Habsbourg et induira une longue pŽriode de paix et de prospŽritŽ (presque 2 sicles).

 

-   de 1637 ˆ 1640 la Franche ComtŽ voit lĠaffrontement de la France et de lĠEspagne. Les  troupes de Louis XIII ont envahi la rŽgion ˆ trois reprises. Le 16 avril 1637 le duc de Longueville prendra Orgelet et la fera bržler. Les paysans se replient dans les villes, une terrible famine a rŽgnŽ en 1638. Dans la mme pŽriode, les indŽpendantistes (dont Lacuzon) attaquent les convois franais et les deux camps terrorisent le pays.

 

-   les troupes franaises reviendront en 1639.

 

-   de 1635 ˆ 1678 plus de la moitiŽ de la population a succombŽ.

 

-   le 2 avril 1674 les troupes de Louis XIV, commandŽes par dĠApremont, ont pris Orgelet (cf [4]).

 

Depuis, au cours des sicles, de nombreux hameaux liŽs a Onoz et citŽs par [9] ont disparu : Petire, Satonnat, Verglas, Les Fenils..

 

 

 

II- LĠEGLISE DĠONOZ TRAVERSE LĠHISTOIRE DEPUIS 852

 

LĠŽglise dans les parchemins

 

Le dipl™me de Lothaire 1er du 11 octobre 852 mentionne lĠŽglise dĠOnoz (voir [14] p.325 et [15]). En effet, suite au conflit opposant le Comte Malfride ˆ lĠabbaye de Saint Oyend (aujourdĠhui Saint Claude), Lothaire y confirme ˆ lĠarchevque RŽmy les possessions de son abbaye : Coisia, Martigna, Meussia, Moirans,Onoz (Hagonoscum), Lect, St Lupicin.

 

Par la suite, Hugues, Roi de Provence, a confirmŽ le 10 dŽcembre 926 ˆ lĠarchevque de Saint Oyend  (AnschŽric)  les possessions de lĠabbaye, dont lĠŽglise dĠOnoz [15]

 

En 1140 les Chartreux sĠinstallent ˆ Vaucluse, ˆ peu de distance dĠOnoz. Les relations entre Chartreux et habitants ne seront pas toujours bonnes.

 

FrŽdŽric 1er Barberousse, empereur romain germanique, confirme par son dipl™me du 16 novembre 1184 les possessions de lĠabbaye, dont Onoz, situŽe alors dans le diocse de Besanon. [15]

 

Le pape Innocent IV confirme ˆ son tour dans une bulle donnŽe ˆ Lyon en juin 1245 les possessions de lĠabbaye dont lĠŽglise dĠOnoz du diocse de Besanon [15].

 

LĠŽglise est dĠabord dŽdiŽe ˆ Saint Romain, diacre dĠAntioche (cf [15], page 218) puis ˆ Saint Beno”t.

Onoz sĠest Žcrit au cours des sicles : Hagonoscum, Hagnoscum, Agonoscum, Onno, Onoz.

 

 

 

Le b‰timent de lĠŽglise

 

Le plan cadastral ci-dessous montre que lĠŽglise est sur une butte actuellement entourŽe de murs de soutnements (reprŽsentŽs sous forme de Ç á È sur le dessin ci-dessous).

La photo aŽrienne disponible sur Internet [12] le montre encore mieux.

 

                                   

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De la seconde moitiŽ du Xeme sicle au XIIIeme, il Žtait courant de construire des buttes artificielles de terre entourŽes de fossŽs et surmontŽes dĠun tour en bois, constituant ainsi une motte castrale forte, comme on peut en voir sur la tapisserie de Bayeux [24].

 

Dans la rŽgion, on peut voir les restes dĠune motte castrale ˆ Arinthod et Andelot en Montagne.

 

La vue en plan ci- dessous montre que la construction de lĠŽglise sĠŽtale sur plusieurs Žpoques et quĠelle est dotŽe dĠun clocher porche typique de la rŽgion.

 

 

 

 

                                                 

 

 

 

Vue en plan de lĠEglise (extrait cadastral)

 

Les chapelles Nord et Sud contiennent des pierres tombales datant de 1484 ˆ 1781 et dont les   personnages ne semblent pas avoir de lien  entre eux.

Qui sont ils ?

Que nous apprennent- ils sur lĠhistoire de la commune ?

 

Les autres Žglises ˆ visiter :

Marigna : Žglise plantŽe sur une motte

ChambŽria : chÏur du 13eme

Sarrogna : chÏur du 14eme

FŽtigny : centre drapier au Moyen age

ChavŽria : voir le soupitail, cavitŽ creusŽe dans le montagne

SŽzŽria : Žglise de plaine effondrŽe

St Maur : Žglise romane

Dramelay, chapelle du ch‰teau datant de 1190

Gigny : il y a-t-il des pierres tombales dans  cette abbaye ?

Moirans : il y a des plates tombes

 

III- LES PLATES TOMBES MEDIEVALES DE LA CHAPELLE SUD .

 

Cette chapelle, dŽdiŽe ˆ Notre Dame, possde une vožte en croisŽe dĠogives gothiques et abrite 3 pierres tombales (nĦ1,2,3) : les tombes Maingnier  et  la tombe du rŽvŽrend Odoardi .

 

 

         

 

 

 

 

Plan des pierres tombales de la chapelle Sud                                                    DŽtail de la clef de vožte.

 

Cette chapelle  a ŽtŽ probablement financŽe par les sieurs Maingnier car leurs tombes (nĦ1 et nĦ2) sont devant lĠautel, au centre de la chapelle.

[25] indique quĠau Moyen age la famille Meynier possŽdait ˆ Onoz un fief ou une maison seigneuriale.

 

 

La pierre tombale nĦ1 : celle de pierre ( ?) MAINGNIER  (+1507)

 

Il est gravŽ : Ç ci gist honorable É. Maingnier duno . marchan. qui trespasset Éde fevrier lĠ an mil cinq cens et sept. Dieu aie con : ame- amen È.

 

 

Software: Microsoft Office

 

 

Les textes gravŽs sont trs bien conservŽs

On notera que lĠorthographe nĠŽtait pas encore bien figŽe : 0noz sĠŽcrit ici Ç Uno È.

Il sĠagit dĠun marchand fortunŽ car les sŽpultures dans les Žglises Žtaient alors payantes (dons, legs, constructions..).

A noter que lĠon pouvait avoir le privilge dĠtre inhumŽ sous le banc ou lĠon avait priŽ toute sa vie durant ! (cf [23]).

 

 

 

La pierre tombale nĦ2 :  Jacques MAINGNIER (+ ÉÉ)

 

Il est gravŽ :  Ç  ci gist honorable home Jaques Maingnier fils de feu Jehan Maingnier de hono É. traspassat le XI mai lĠan ( ?)  mÉ..Dieu .É  È

 

 

Horizontalement on lit Ç  Ci gist honorab È puis, verticalement, Ç le È.

On notera quĠici Onoz sĠŽcrit Ç hono È.

Il est trs difficile de lire la date sur cette pierre et donc dĠen dŽduire les liens entre les deux Maingnier.

 

 

La pierre tombale nĦ3 : le rŽvŽrend pre ODOARDY (+1736)

 

 

 

La pierre tombale du rŽvŽrend pre

Il est gravŽ : Ç D.O.M. AndrŽ Arsne Marie Odoardy PiŽmontais de la congrŽgation de St Isaac. Mort en odeur de saintetŽ a Onnoz le 2 juin 1736 repose icy au pied de lĠimage miraculeuse de la sainte vierge apportŽe par lui en ce saint lieu .

Hunc tumulum memoriae ejus dicavit Dns grillet, parochus dĠOnnoz, die 1 junii 1774. È

 

 

LĠimage de la Vierge placŽe aujourdĠhui dans lĠŽglise

LĠimage originale fut bržlŽe ˆ Orgelet lors de la rŽvolution. On la remplaa par la matrice en cuivre qui servait ˆ rŽaliser des copies puis, en 1877, par un nouvel original.

 

 

 

 

IV- LE MYSTERE DES  PLATES TOMBES DE LA CHAPELLE  NORD

 

Cette chapelle, dŽdiŽe a St Jean Baptiste, ˆ vožte en plein cintre contient 4 pierres tombales (nĦ4 a 7):

 

 

 

 

Vue en plan des pierres tombales de la chapelle Nord.

 

 

Pierre nĦ 5 : Jean de la Palu, Žcuyer (+1484)

 

Sa pierre tombale

Cette plate tombe porte lĠinscription suivante : Ç Cy git le noble homme Jehan de la Palu escuyer qui trespasset ˆ la journŽe de mercredi le XIIIeme jour de novembre lĠan mil ÉVÉX..I È.

 

Jean de la Palu serait dŽcŽdŽ le 13 novembre 1484. La pierre tombale a ŽtŽ classŽe monument historique en 1934 [10], exactement 450 ans plus tard.

Les pieds de lĠŽcuyer sont tournŽs vers lĠautel de la chapelle Nord.

 

 

 

 

 

 

Photo de gauche : relevŽ sur place effectuŽ par Alexis, Jean- Georges et Pierre Trouillet (1992)

Photo de droite : harnois blanc du 15eme sicle [13] .

 

 

La pierre proprement dite

Il sĠagit dĠune pierre calcaire, de grandes dimensions (2.20 x 1.44m), dĠune masse de lĠordre de 1.5 tonnes.

A lĠŽpoque, des ateliers de tombiers rŽalisaient des pierres en sŽrie avec des dessins types, puis  les expŽdiaient sur une grande distance. ([20] Žvoque la fabrication de plate tombes ˆ  Paris puis leur pose en Bourgogne).

Dans le cas prŽsent, le matŽriau semble bien local : la pierre a donc tre gravŽe sur place sur la base dĠun carnet de croquis (voir [20]) ou dans la rŽgion (dans ce cas on devrait trouver dans dĠautres Žglises des pierres quasiment identiques).

 

 

Un Žcuyer en 1484 [8]

CĠest un jeune noble dĠau moins 14 ans qui souhaite devenir chevalier.

Durant 7 ans, cĠest un domestique spŽcialisŽ de son ma”tre, gŽnŽralement le suzerain de sa famille. Il en porte lĠŽcusson, en transporte le harnachement et le bouclier.

 

 

Son armure

Cette pierre tombale montre une belle armure que lĠon peut examiner en dŽtail.

 

Les solerets

Ce sont des souliers dĠarme en lames articulŽes. Ils apparaissent vers 1350 et jusquĠˆ la fin du 14eme sicle, se terminent  par une courte pointe : la solaine. A partir de 1380,  cette pointe sĠallongera considŽrablement jusquĠen 1480.

 

LĠarmure proprement dite

Les premires cuirasses protŽgeant uniquement le torse et le ventre apparaissent dans lĠarmŽe romaine. LĠarmure complte existe de la fin du moyen ‰ge au 17eme sicle.

 

La masse dĠune armure est de lĠordre de :

-            20 a 25 kg pour une armure de bataille (cas usuel)

-            60 kg pour une armure de sige dŽcorŽe (cas rare).

Les sicles ultŽrieurs conna”tront un allgement considŽrable (quelques kilos sous NapolŽonien, quelques centaines de grammes pour nos gilets pare balles en Kevlar).

 

Le bouclier

Ç LĠŽcu È, bouclier de 0.60 x 0.60 avec armoiries peintes, appara”t vers 1260 et persistera jusquĠau dŽbut du 15eme.

Vers 1370, il sĠincurve verticalement et se dote dĠune Žchancrure pour le passage de la lance. Il devient la Ç targe È. Vers 1430 lĠŽcu nĠest plus portŽ que lors des tournois.

 

 

Etude de la pierre tombale, nos propositions

Un Žcuyer Žtant ‰gŽ au minimum de 14 ans  et au maximum de 22, on dŽduit que Jean de la Palud est un jeune noble nŽ entre 1470 et 1462.

Il sĠagit dĠun personnage important et riche car sa pierre tombale est grande et gravŽe (par exemple plus grande que celle des Maingniers, marchands, placŽe dans la chapelle Sud).

Sa mort semble brutale car on en prŽcise le jour et la pŽriode dans la journŽe.

Le fait que les pieds soient tournŽs vers le chÏur de lĠŽglise signifie probablement quĠil est mort en combattant.

 

LĠŽcu porte une croix et une bordure dentelŽe, qui semblent identiques ˆ celui de Jean de Savoie, baron du Faucigny et Beaufort, Seigneur dĠUgine, Faverges et Gordans, comte de Genve, chevalier de lĠAnnonciade en 1476. [11]

LĠusage voulant que lĠŽcuyer porte lĠŽcu de son suzerain, la famille de lĠŽcuyer serait donc la vassale de la famille de Savoie.

 

A cette Žpoque on peut noter que vivait Hugues de La Palud, Comte de Varax, Vicomte de Salins, seigneur de Chatillon, Richemont, Vire-Chatel, Cusance, Vayette et Beauregard, MarŽchal de Savoie, Gouverneur de Savoie, Lieutenant gŽnŽral du dauphinŽ.

MariŽ en 1462, il devint chevalier du Collier de Savoie (Chevalier de lĠAnnonciade) en 1482. Sa devise Žtait Ç mourir plut™t que de se souiller È.

 

Compte tenu de son ‰ge, de son statut, de lieu de sa sŽpulture, de la richesse de celle-ci, de la position dĠHugues de la Palud par rapport ˆ la maison de Savoie, lĠŽcuyer Jean de la Palud semble bien tre le fils dĠHugues de la Palud, Comte de Varax et seigneur de Virechatel.

 

Nous ne savons pas comment il est mort et pourquoi il enterrŽ dans lĠŽglise dĠOnoz et non ailleurs.

 

 

Pierre nĦ4 : Sieur de la Vilette

 

Cette plate tombe de 2.18 x 1.00 m en calcaire local se compose de 3 ŽlŽments :

-      une bande pŽriphŽrique de texte

-      deux bandes concentriques de texte

-      une zone centrale dĠarmoiries.